

Auteur: Pierre-Yves Carlier
Tags(s): IST Guyane - VIH Guyane - syphilis Guyane - chlamydia Guyane - dépistage VIH Guyane - CeGIDD Guyane - santé sexuelle Guyane - prévention IST - tests VIH sans ordonnance - traitements injectables VIH - Croix-Rouge Guyane - santé publique Guyane

En 2024, le nombre de dépistages de cas de syphilis et de chlamydia a continué d’augmenter en Guyane, selon les chiffres de Santé publique France. Cela fait plusieurs années que c’est le cas. Pour une troisième infection sexuellement transmissible, le gonocoque, les chiffres sont en revanche à la baisse. C’est également le constat que dresse le Dr Hawa Cissé, responsable de l’hôpital de jour d’infectiologie au CHU de Guyane - site de Cayenne.
Le taux de dépistage se situe bien au-dessus des moyennes nationales, ce qui traduit l’implication des acteurs de santé pour dépister ces maladies. Les femmes de 25 à 49 ans sont en général celles qui ont le plus recours au dépistage, tandis que les jeunes hommes de 15 à 24 ans sont ceux qui se font le moins dépister.
S’agissant du VIH, le dépistage continue d’augmenter, tandis que le nombre de nouveaux cas déclarés est stable. L’an dernier, 62 nouveaux cas ont été déclarés : c’est légèrement moins qu’en 2023, où il y en avait eu 81. Toutefois, tous les cas n’étant pas déclarés, ou ne l’ayant pas encore été, Santé publique France estime ce chiffre plus proche de 200. Dans le même temps, un seul passage au stade sida a été enregistré l’an dernier parmi les patients suivis dans les trois hôpitaux publics de Guyane.
Plusieurs dispositifs devraient aider à poursuivre cet effort de dépistage. C’est le cas de l’ouverture récente du Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) de l’hôpital de Cayenne, du déménagement du CeGIDD de l’hôpital de Saint-Laurent face à la mairie, ou encore du dispositif VIHTest. Ce dernier permet de se faire dépister pour le VIH en laboratoire, sans ordonnance.
En Guyane, ont également été déployés des tests rapides combinés VIH et syphilis. Avec une simple piqûre au bout du doigt, ils permettent d’obtenir une première information sur une éventuelle infection. Celle-ci doit ensuite être confirmée par une analyse en laboratoire. En 2024, près de 3 500 personnes ont été dépistées de cette manière. La très grande majorité l’a été par les équipes de la Croix-Rouge française. Le Dr Priscilla Antoinette vient de soutenir sa thèse de médecine, à l’université de Bordeaux, sur le déploiement de ces tests en Guyane. Cette phase pilote a confirmé la faisabilité de ces tests rapides et leur intérêt pour atteindre des populations éloignées du système de soins, comme les migrants et les personnes vivant dans des quartiers précaires.
À l’hôpital de Cayenne, plusieurs avancées ont été réalisées pour améliorer le quotidien des personnes séropositives. Depuis 2022, certains patients peuvent bénéficier d’un traitement injectable : il remplace la trithérapie orale qu’il faut prendre tous les jours. Le traitement injectable a pour avantage de ne devoir être administré qu’une fois tous les deux mois. Cette simple piqûre peut être réalisée par un infirmier à domicile ou à l’hôpital.
Depuis début décembre, l’hôpital propose également à certaines femmes séropositives d’allaiter leur futur bébé. En effet, si l’on sait que le virus peut être transmis au bébé par le lait maternel, tout porte à croire que, chez les patientes dont la charge virale est devenue indétectable, celui-ci ne peut pas être transmis. Les recommandations ont d’ailleurs été modifiées à l’échelle nationale, comme dans de nombreux pays. Pour accompagner ces femmes, les professionnels de santé du lactarium et du service d’infectiologie ont réalisé un livret sous forme de bandes dessinées, permettant leur suivi et celui de leur bébé.