

Auteur: Pierre-Yves Carlier
Tags(s): mortalité Guyane 2023 - causes décès Guyane - santé publique Guyane - prévention maladies cardiovasculaires - cancers Guyane

En Guyane, meurt-on davantage de problèmes cardiaques, du cancer, des infections ou des accidents ? Pour le savoir, Santé publique France s’est penché sur les 1 228 décès enregistrés sur le territoire en 2023. Ce que ce chiffre révèle en premier, c’est que, rapportée à sa population et en tenant compte du fait qu’elle est plus jeune que la moyenne nationale, la Guyane déplore davantage de décès. Seule Mayotte et des départements du nord de l’Hexagone comme le Pas-de-Calais, l’Aisne et le Cher sont dans une situation plus défavorable.
Le second enseignement, c’est que rapportés à leur nombre, on enregistre davantage de décès chez les hommes. C’est particulièrement le cas chez ceux de moins de 65 ans, dont les causes de décès pourraient généralement être évitées : accidents, noyades ou encore maladies en lien avec l’hygiène de vie.
Si l’on s’intéresse aux grandes causes de décès, on retrouve, à la première place, les maladies de l’appareil circulatoire, comme les AVC, les hémorragies et les embolies. Suivent les tumeurs, c’est-à-dire les cancers, en particulier ceux de la prostate, du sein, du poumon et du pancréas, responsables chacun d’une vingtaine de décès par an. Ces deux causes sont les mêmes qu’au niveau national, mais en ordre inversé. Ce sont aussi celles que l’on retrouve dans la plupart des pays développés.
La troisième cause de décès diffère entre les hommes et les femmes. Chez les premiers, il s’agit de ce que Santé publique France regroupe sous le terme de « causes externes » : accidents, suicides et noyades notamment. Chez les secondes, il s’agit des maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques comme le diabète.
Les autres causes de décès arrivent beaucoup plus loin : les infections comme le sida, les maladies pulmonaires comme les pneumonies ou encore les maladies du système nerveux comme Alzheimer.
Il y a trois ans, des chercheurs du CHU de Guyane avaient suivi l’évolution de ces causes de décès depuis 2001. Conduits par le Pr Mathieu Nacher, ils avaient constaté que « globalement, tout s’améliore. Et vite ! On ne nous parle souvent que des problèmes. Les progrès sont graduels. Entre 2001 et 2017, on voit que les progrès sont considérables pour les AVC, le diabète, les traumas, les infections. »
Ces progrès restent toutefois fragiles, avaient-ils mis en garde. En effet, alors que les chiffres de la Guyane se rapprochaient de ceux de l’Hexagone, en particulier pour les décès avant 65 ans, la tendance s’est inversée à partir de 2017. Ils notent que plusieurs événements sont venus perturber le système de santé à partir de cette année-là et ont pu gêner les patients, en particulier ceux souffrant de maladies chroniques : mouvement social de mars-avril 2017 et grande grève à l’hôpital, crise migratoire à partir de 2018, pandémie de Covid-19 et sous-vaccination de la population. Aujourd’hui, certains chiffres ont reculé, comme celui de l’espérance de vie. Ils encouragent donc tout un chacun à suivre de près sa santé.